Par Eva-Marie Golder

De quel enfant parlons-nous ? A quel enfant parlons-nous ? Sujet à part entier ou sujet en devenir ? L’enfance a de tout temps été considérée comme un état de transition, un allant devenant qui se lirait plus facilement sous l’angle du comportement et d’un développement vers un état considéré comme plus accompli. La norme adultocentriste passe ainsi à côté de la richesse des éléments qui apparaissent dès la toute petite enfance mais échappent à une lecture globalisante. La plupart du temps, d’ailleurs, on se contente de parler à la place de l’enfant. Depuis plus d’un siècle déjà, la question de la psychopathologie infantile a été marquée par l’enchevêtrement des troubles psychiques, physiques et comportementaux et leur interprétation à la lumière du désordre que ceux-ci représentent pour la vie en société. Nous devons à Freud d’avoir trouvé un point de repère, et un seul, autour duquel pivote son argumentaire. Il fallait son culot et son génie pour oser affirmer que le roc de la sexualité organisait toute la vie humaine, y compris celle de l’enfant et que c’était un seul point, un seul tranchant. Ses exemples de tout-petits montrent magistralement que l’enfant s’empare des éléments du monde pour le lire et l’écrire en tant que sujet. A sa suite, d’autres analystes, des pionnières, ont tenté de décrypter le langage du bébé, comme Klein et Dolto ; des grands psychologues comme Wallon et Piaget ont fait des observations saisissantes d’actualité. A tort, les Facultés les considèrent aujourd’hui comme dépassés et les enlèvent de leurs programmes. Les DSM 4 et 5 ont réduit l’enfant à ses troubles, à dépister, à soigner par médicaments, à contenir par des exercices comportementaux. L’enfant vivant devient vite perturbateur. Alors pourquoi cette régression épistémologique de ce début du 21e siècle ? Le numéro 44 du JFP cherche à y apporter quelques éléments de réponse.

Heurs et malheurs de la clinique infantile

Journal Français de Psychiatrie. Numéro 44 – Revue semestrielle. Editions ERES

Eva-Marie GOLDER

Avec la participation de Jean-Marc BENKIMOUN, Franck BENKIMOUN,Edouard BERTAUD, Sylvie CADOLLE, Dominique DE QUAY, Pierre DELION,Jean-Jacques DUCRET, Marie-José DURIEUX, Eva-Marie GOLDER, François GONON, Anne-Marie HAMAD, Émile JALLEY, Dominique OTTAVI, Laetitia PUTIGNY-RAVET, Jean-Jacques TYSZLER

Parution du Journal de Bord n°6

à l’occasion des 150 ans de l’Hôpital Sainte-Anne

Saint des saints : Editorial

Par Luc Sibony

Empruntons par une matinée ensoleillée la rue Ferrus, nommée d’après cet ancien inspecteur général des asiles d’aliénés.

Dépassons le bistrot du coin nommé d’après les entrepôts de la Samaritaine qui occupèrent jadis le terrain adjacent. Marchons quelques pas encore… Nous y sommes.

Devant nous, à la croisée de la rue Cabanis, se dresse le porche de l’hôpital Sainte-Anne.

Du haut de ce fronton 150 ans de psychiatrie nous contemplent, pourrait-on dire…

On ne compte plus ceux qui ont franchi ces grilles, accablés des maux de l’âme les plus divers.

Pour certains d’entre nous, cliniciens qui rejoignons ces lieux, c’est un autre sentiment qui nous saisit.

Pourquoi tant de solennité me direz-vous ? Peut-être parce que Sainte-Anne est un peu plus qu’un toponyme, un peu plus qu’un hôpital parmi tant d’autres. Nous pénétrons dans ce que d’aucuns nomment le sanctum sanctorum de la Psychiatrie. Nous cheminons le long de pavillons qui ont abrité les efforts et les travaux des esprits les plus brillants ayant contribué à la création de la psychiatrie.

Tendez l’oreille et vous entendrez peut-être l’écho des discussions passionnées, souvent violentes qui ont nourri ce lien fécond et réciproque que la psychiatrie a toujours entretenu avec nombre d’autres champs de connaissance.

Sainte-Anne est donc un peu plus qu’un mot, c’est sans doute un Signifiant.

Ses allées portent les noms de personnes illustres, intellectuels, artistes, qui un temps y trouvèrent refuge (ou pas). On y situe aussi la découverte des premières médications psychotropes de la psychose.

Pour nous, et pour un certain nombre à travers le monde, Sainte-Anne est l’opération qui consiste à s’appuyer sur la psychanalyse pour arracher le rapport aux patients à la théorie de la dégénérescence, idéologie médicale hygiéniste et réactionnaire du 19ème siècle.

Pour nous, et pour un nombre certain à travers le monde, Sainte-Anne est l’enseignement et la présentation de malades de Jacques Lacan. S’adossant au trésor de la psychiatrie classique et aux lumières des découvertes freudiennes, celui-ci contribue de manière majeure à la psychiatrie et à la vie intellectuelle de notre temps.

Parcourant ces prochaines pages, nous prenons la mesure des tracas qui accompagnent l’émergence du courant de la psychiatrie dynamique. Sainte-Anne qui accueillit l’Hôpital Henri-Rousselle voit se développer en son sein une expérience capitale qui contribue à l’architecture de la psychiatrie moderne, ici philosophie des soins révolutionnaire.

Sainte-Anne est donc cette séquence en psychiatrie indispensable et salutaire qui se heurte à l’irruption de ce dispositif contemporain articulant le paradigme médico-économique à celui de la validité statistique.

L’Ecole Psychanalytique de Sainte-Anne, parce qu’elle se réclame de l’enseignement de Jacques Lacan, se donne comme programme de penser et traiter la folie en dehors de toute défectologie comme un fait de structure que seul le transfert peut mettre en lumière. Il s’agit de maintenir un exercice critique se référant aux spécifications scientifiques d’une discipline psychopathologique constituée à partir de la psychiatrie classique et faisant un pas de plus en développant les avancées freudiennes et lacaniennes.

Quelques lignes supplémentaires à inscrire dans la tumultueuse histoire de Sainte-Anne par son Ecole Psychanalytique.


Sommaire

  • EDITO, Luc Sibony
  • « La psychanalyse a sainte-anne », Sainte-Anne magazine, par Marcel Czermak, sept/oct 98
  • « Jacques Lacan a sainte-anne », Bulletin de l’Association des Amis du Musée et du Centre Historique Sainte-Anne, par Marcel Czermak, nov 2001
  • APOLOGUE :« le vrai sur le vrai » par Nicolas Dissez
  • A.L.I énistes : « Recherches technologiques sur le drapé», de Clérambault
  • Document : La métaphore cristallographique de Freud par Miguel Sierra Rubio
  • ENTRETIEN avec Marcel Czermak
  • Witz dits