"Merci pour votre angoisse..." - "Gracias por su angustia..."



La veille de la mort de Marcel, je travaillais avec un jeune patient qui se fragilisait face à l’imminence de sa paternité prochaine, je réfléchissais à la manière de l’aider à rester noué et dans ma tête je parlais à Marcel. Ce jeune homme, fin et intelligent, a trouvé dans sa filiation certains points d’appui qui l’ont aidé à sortir de l’impasse, j’ai pensé : Merci Marcel !

Ce même 2 juin, alors que je supervisais un collègue qui me présentait un cas complexe concernant une personne victime de la dictature militaire au Chili, je me suis souvenu d’un des articles de Marcel sur ce sujet. Dans ce document, Czermak s’insurgeait contre le devoir de mémoire dominant et soulignait que la question était de savoir comment ne pas devenir soi-même un criminel, une question extrêmement appropriée au cas en question.  Marcel était comme ça, vif, sans complaisance, et il affrontait les problèmes sous un angle nouveau et renouvelé.

Je l’ai rencontré pour la première fois au début des années 90 grâce aux transcriptions d’une revue du G.I.E.P. à laquelle j’avais accès lorsque j’étudiais la psychologie à Temuco (au sud du Chili).  À la fin de cette décennie, j’ai entendu parler de lui, avec beaucoup de respect et d’admiration, par ceux qui deviendraient plus tard mes collègues du Grupo PLUS.  Au début des années 2000, je l’ai rencontré personnellement et ma rencontre avec lui m’a marqué. Comme me l’a dit un jour Nicolas Dissez, lorsque j’étais ému de reconnaître Marcel dans le Petit Discours, “il touche la vie des gens”.

Je l’ai reconnu parce qu’il nous avait parlé de l’angoisse, de son angoisse et du choix qui lui correspondait ; ” j’ai choisi l’angoisse ” disait-il.  Face à la peur, la bêtise, c’était son choix et ce qu’il pensait lui avoir permis d’avancer.

Depuis cette rencontre, je pense que j’ai mal résisté au transfert avec Marcel. Je pense que, au moins en partie, j’y ai trouvé le courage d’aller en France, d’apprendre le français et de continuer à étudier et à me former dans une profession qui me semble toujours difficile et qui, oui, continue parfois à m’angoisser.

Quand Marcel est venu au Chili, il nous parlait régulièrement en espagnol, et je pense qu’il s’en trouvait un peu différent ici de ce qu’il était en français. Il a en tout cas dit qu’il s’était autorisé à dire ici des choses qu’il n’osait pas (encore) dire dans sa propre langue.

Marcel était ouvert sur le monde, attentif à ce qui l’entourait, vivant. Il avait des connaissances sur le Chili que j’ignorais, il remettait en question, par exemple, l’originalité supposée de la construction des bateaux de Chiloé (un secteur du sud du Chili).  Une fois, en marchant avec lui dans un centre commercial de Santiago, il nous a pris Stéphane Thibierge et moi par le bras pour nous montrer avec émotion une personne aux traits indigènes, il nous a dit, par sa tresse et je crois un mouchoir que cet homme portait, qu’il était d’origine équatorienne et qu’il était issu des premiers peuples navigateurs et commerçants d’Amérique. Il commentait et interrogeait sur les titres des journaux, il était intéressé.

Une grande partie de ce que je sais m’a été transmis par lui ou par ceux qui ont été formés par lui.  Ce sont des contenus très pertinents, mais aussi une éthique, un goût pour ce qui est fait et surtout une cartographie et une boussole, qui me permettent de m’orienter dans mon travail.

Lorsque nous avons appris son décès, une collègue qui m’est chère a déclaré : “Marcel est mort et avec lui une partie de moi”, un sentiment que je partage, cependant, cela fait presque trois semaines que Marcel est décédé et je constate que, comme la veille de sa mort, je lui parle encore.

Ces jours-ci, je me suis montré plus reconnaissant, je lui ai dit : “Marcel, merci pour votre angoisse”.

El día anterior a la muerte de Marcel trabajé con un joven paciente que se fragilizaba frente a la inminencia de su paternidad que se acercaba, pensaba cómo ayudarlo a mantenerse anudado y en mi cabeza hablaba con Marcel.  Este joven, fino e inteligente, encontró en su filiación ciertos puntos de apoyo que lo han ayudado a sortear el impasse, pensé, ¡Gracias  Marcel!

Ese mismo dos de junio, supervisando a un colega que me presentaba un complejo caso sobre una persona que había sido víctima de la dictadura militar en Chile, recordaba una ponencia de Marcel sobre este asunto.  En ella Czermak se rebelaba contra el deber de memoria dominante y señalaba que la pregunta que cabía era cómo no convertirse uno mismo en un criminal, cuestión que era de suma justeza para el caso del que se trataba en el control.  Es que Marcel era así, agudo, no complaciente y enfrentaba los temas desde una perspectiva novedosa y renovada.

Lo conocí primero a inicios de los noventa por transcripciones en una revisita del G.I.E.P. a las que tuve acceso cuando estudiaba psicología en Temuco (sur de Chile).  A fines de esa década escuché hablar de él, con mucho respeto y admiración, a quienes serían poco después mis colegas de Plus.  A inicios de los 2000 lo conocí personalmente y mi encuentro con él me marcó.  Tal como una vez me dijo Nicolas Dissez, cuando me emocioné al reconocer a Marcel en el Petit Discours, “él toca la vida de la gente”.

Lo reconocí pues él nos había hablado de la angustia, de su angustia y de la elección que frente a ella correspondía; “yo elegí la angustia” nos decía.  Frente al miedo, la estupidez, esa fue su elección y lo que él pensaba que le había permitido avanzar.

Desde ese encuentro pienso que resisto mal a la transferencia con Marcel, creo que, al menos en parte, en ella encontré el coraje para irme a Francia, aprender francés y seguir estudiando y formándome en un oficio que me parece siempre difícil y que sí, a veces me sigue angustiando.

Cuando Marcel venía a Chile regularmente nos hablaba en español, por lo que pienso que él era acá un poco distinto a como era en francés.  Al menos decía que se autorizaba acá a decir cosas que no osaba (aun) hacer en su propia lengua.

Marcel estaba abierto al mundo, atento a su entorno, vivo.  Sabía cosas de Chile que yo ignoraba, cuestionaba por ejemplo la supuesta originalidad de la construcción de las embarcaciones chilotas (Chiloé: sector del sur de Chile).  Una vez caminando con él por un centro comercial de Santiago, nos toma a Stéphane Thibierge y a mí de los antebrazos para mostrarnos con emoción a una persona de rasgos indígenas, nos contaba, por su trenza y creo que un pañuelo que este hombre portaba, que era de origen ecuatoriano y que era de los primeros pueblos navegantes y comerciantes de América.  Comentaba y preguntaba por los titulares de los diarios, se interesaba.

Mucho de lo que sé me lo transmitió él o los que se han formado con él.  Son contenidos muy relevantes, pero también una ética, un gusto por lo que se hace y por sobre todo una cartografía y una brújula, que me permiten orientarme en mi trabajo.

Cuando supimos de su fallecimiento una querida colega dijo: “ha muerto Marcel y con él una parte de mi”, sentimiento que comparto, sin embargo, ya han pasado casi tres semanas desde que murió Marcel y me fijo, que al igual que el día antes de su muerte, yo sigo conversando con él.

En estos días he estado más agradecido, le he dicho; “Marcel, gracias por su angustia”.