affect bipolarité PMD

par Nicolas Dissez

“Quand on suit la structure, on se persuade de l’effet du langage. L’affect est fait de l’effet de la structure, de ce qui est dit quelque part.” Jacques Lacan.

En s’attachant à proposer une élaboration lacanienne de la Psychose Maniaco-Dépressive, l’Ecole Psychanalytique de Sainte-Anne retrouve les débats liés à la question de l’affect auxquels s’est heurté en son temps Jacques Lacan. Il est indéniable que cette dimension de l’affect, qu’elle soit nommée humeur(s), moral ou thymie, vient ordonner la plupart des descriptions de la Psychose Maniaco-Dépressive depuis l’antiquité, au point que cette entité ait pu être désignée du terme de psychose affective. La moderne bipolarité vient assurément souligner les dérives d’une description qui se donne comme unique point de repère les variations de l’humeur et ses traitements médicamenteux.

Il est pourtant remarquable qu’un bon nombre des efforts des aliénistes tend à sortir d’une description centrée sur la seule prise en compte d’une oscillation entre tristesse et gaieté pour spécifier la position de ces patients vis-à-vis du langage. On pourra citer entre autres : la venue au premier plan d’un registre spécifique de négation dans le délire des négations, la disparition du registre de la représentation dans la perte de la vision mentale ou encore la fuite des idées dans la manie ce que Lacan désignera comme « métonymie infinie et ludique pure du signifiant »… Il est ainsi notable que la description de la mélancolie anxieuse par Jules Cotard se détourne de toute référence à une humeur triste, pour souligner que c’est plutôt une analgésie, une privation d’affect, qui la caractérise.

Bien plus qu’une pathologie de l’affectivité, la mélancolie se révèle plutôt le contexte clinique le plus à même d’affecter le praticien, venant régulièrement interroger ces enjeux essentiels de l’existence que sont la dimension de la parole et de son efficience, de l’acte et de sa responsabilité, de la création artistique, voire de la place du génie créatif.

Les travaux de Marcel Czermak concernant le syndrome de Cotard comme la manie se situent dans cette lignée, soulignant que l’angoisse mélancolique est concomitante de la venue au premier plan de la fonction de cet objet que Jacques Lacan nomme petit a. Gageons que cette lecture puisse permettre de relancer quelques-unes des questions encore ouvertes concernant la clinique de la Psychose Maniaco-Dépressive :

  • L’enjeu des manifestations somatiques, voire vitales, dans cette entité.
  • La spécificité des dits « intervalles libres », c’est-à-dire des modes de stabilisation entre les accès.
  • La question de la périodicité qui a pu conduire à parler de Psychose Périodique.
  • La légitimité de l’usage des termes de manie et de mélancolie chez l’enfant.
  • La question des formes familiales de cette entité.

Souhaitons donc que les journées annuelles de l’Ecole Psychanalytique de Sainte-Anne des 11 et 12 octobre prochains puissent se situer à la hauteur de ces enjeux.