Rapport moral de l’Ecole Psychanalytique de Sainte-Anne 2014-2015

Par Nicolas Dissez

Nous sommes une école, cela pourrait passer pour une évidence puisque c’est le nom même que nous portons : Ecole Psychanalytique de Sainte-Anne. C’est pourtant une évidence que j’ai, pour mon compte, mis un certain temps à cerner… “Je n’arrive pas à me cerner” dit l’homme aux paroles imposées en débutant cet entretien avec Jacques Lacan qui va nous occuper tout le week-end pour nos Journées Annuelles. Il est vrai que cela peut prendre un certain temps à chacun de nous d’arriver à se cerner. Cela peut prendre, par exemple, le temps d’une analyse et nécessiter un certain nombre de détours.

Nous sommes une école. Pour mon compte cela m’a pris un certain temps et un détour par un certain nombre d’autres pour réaliser cette évidence. C’est d’abord Jean-Jacques Tyszler qui est venu nous dire, alors qu’il venait présenter son ouvrage « A la rencontre de Freud », qu’il s’était rendu compte lors de nos premières Journées Annuelles consacrées à la question de l’écriture du cas combien il était possible d’identifier différentes générations de praticiens, formés par Marcel Czermak en ce lieu, à Sainte-Anne, d’abord dans son service à l’Hôpital Henri-Rousselle puis dans le cadre de L’Ecole de Sainte-Anne. Jean-Jacques soulignait que s’il pensait pouvoir appartenir à la première génération des élèves formés par Marcel Czermak, il mesurait dans le fil de ces Journées, que plusieurs autres générations avaient pu succéder à la sienne. De même, l’an dernier Angela Jesuino, alors qu’elle était Présidente de l’ALI et que nous discutions du dispositif de nos deuxième Journées Annuelles consacrées à la bipolarité qui consistait à faire intervenir les plus jeunes d’entre nous, avait pu souligner également : “Oui, vous pouvez faire cela parce que vous êtes une école !” Vous voyez, il semble bien qu’il m’ait fallu un détour par quelques autres pour parvenir à cerner cette évidence.

Nous sommes une école. Il semble bien que L’Association Lacanienne Internationale délègue de plus en plus cette fonction de formation des plus jeunes à un certain nombre d’écoles : Le Collège, l’Ecole Pratique et l’Ecole de Sainte-Anne, donc. Cette évidence, elle se traduit dans notre fonctionnement hebdomadaire qui est celui qu’a souhaité Marcel Czermak. Ce fonctionnement veut que, s’inscrivant aux séminaires de Sainte-Anne on s’y implique en y venant toutes les semaines et pas seulement pour telle ou telle de nos séance. Je remercie dans ce cadre chaleureusement Thierry Florentin du travail d’organisation qu’il met en place, en particulier pour notre enseignement du mercredi après-midi. Ce fonctionnement qui est le nôtre veut que ce soit les plus jeunes qui prennent préférentiellement la parole, le mercredi après-midi comme pour nos Journées Annuelles. En s’inscrivant à Sainte-Anne comme l’on fait les plus jeunes ces dernières années, c’est avec la perspective rapide d’intervenir à cette table et de participer aux petits groupes de préparation qui se mettent en place soutenus par des collègues plus expérimentés. Je le dis pour les collègues plus anciens, ceux qui viennent maintenant depuis des nombreuses années et qui m’ont fait part de leur déception de ne pouvoir intervenir le week-end prochain. La priorité pour ces interventions est donnée aux plus jeunes et c’est le sens même de nos Journées annuelles, leur particularité aussi. La fonction des plus anciens qui choisissent de rester le mercredi après-midi est de soutenir ces plus jeunes.

Nous sommes une école, effectivement au sens où il semble bien que chacune des générations formées à Sainte-Anne concoure à former la suivante. J’ai le souvenir d’une séance du séminaire dans l’amphithéâtre Magnan où Marcel Czermak avait commencé l’année en annonçant “Tous les vieux peuvent s’en aller, on n’a pas besoin d’eux !” Je ne sais s’il nous dira la même chose cette année, disons que son interpellation me paraît pouvoir être entendue sur ce mode : ceux qui sont devenus des praticiens, grâce à la formation qu’ils ont reçue le mercredi après-midi, n’ont de raison de rester dans ce lieu, que s’ils participent à la formation des plus jeunes. Certains de ceux formés par Marcel Czermak ont pu d’ailleurs proposer d’inscrire leur propre séminaire dans le cadre de l’Ecole Psychanalytique de Sainte-Anne. C’est le cas pour l’année 2014/2015, puisque je suis chargé d’en faire le rapport moral, des séminaires de Guy Pariente de Sylvia Salama, De Pierre-Henri Castel, de Danièle Brillaud, d’Eva-Marie Golder et de Claude Gavarry.

Nous sommes une école, également parce que nous poursuivons, dans le fil des travaux de Marcel Czermak réunis dans ses deux ouvrages “Les passions de l’objet” et “Patronymies”, une activité de recherche dont viennent plus spécialement rendre compte nos Journées Annuelles. Vous le savez ces premières Journées Annuelles consacrées à la question de “L’écriture du cas”, venaient souligner la nécessité d’une transcription rigoureuse des entretiens, en particulier dans le champ des psychoses. Nos deuxièmes Journées Annuelles étaient consacrées à la question de l’oubli moderne de la Psychose Maniaco-Dépressive et, en s’appuyant des travaux de Marcel Czermak sur la manie et le Syndrome de Cotard, elles ont pu, je crois, proposer un certain nombre d’avancées, en particulier concernant la possibilité d’une écriture topologique de ces cas, je pense à l’intervention de Sabine Chollet et d’Elsa Caruelle, mais également au sujet de la question des intervalles libres qui a traversé nos journées ou de la nouvelle traduction proposée par Jean-Pierre Rossfelder de “Deuil et mélancolie” qui devrait paraître prochainement aux Editions du Crépuscule dirigée par Jean-Michel Gentizon. Ces éditions, devraient, prochainement ouvrir une collection particulière consacrée aux travaux de l’Ecole Psychanalytique de Sainte-Anne.

Mais nos travaux s’inscrivent également dans le cadre de l’Hôpital Sainte-Anne, je suis bien sûr particulièrement impatient dans ce cadre de voir se dérouler nos troisièmes Journées annuelles ce week-end. Des Journées qui visent à cerner la signification psychanalytique de l’automatisme mental en se centrant sur un entretien unique, celui de l’homme aux paroles imposées avec Jacques Lacan qui s’est déroulé, à la demande de Marcel Czermak le 13 février 1976 dans cet hôpital. Cette présentation de nos Journées suffit à souligner combien nos efforts de recherche se situent dans le fil de celui qu’a initié Marcel Czermak à la suite des travaux de Jacques Lacan, en s’attachant tout particulièrement à ce que la clinique des psychoses peut apporter à l’ensemble du savoir analytique.

Nous sommes une école et cela implique également de faire connaitre nos activités et de garder contact ceux qui ont été formés à Sainte-Anne et s’en sont éloignés géographiquement. Je pense à nos collègues d’Amérique Latine en particulier. Le Journal de Bord et le site internet de notre Ecole (epsaweb.fr) jouent ce rôle, je tiens particulièrement à remercier l’activité efficace d’Edouard Bertaud, de Luc Sibony et de Miriem Meghaïzerou pour leur implication dans le Journal de Bord et le site epsaweb dont tout le monde loue le dynamisme.

Mais si nous sommes une école, cela implique également un certain nombre de responsabilités. Ceux d’entre nous qui ont été formés dans cette école et qui souhaite qu’elle puisse continuer à former des jeunes se doivent d’être soucieux du renouvellement de nos membres et de l’arrivée de ceux qui ne sont pas encore des praticiens mais qui souhaitent trouver un lieu de formation rigoureux attentif à ce que la clinique des psychoses peut receler d’enseignement essentiel pour la psychanalyse et pour chacun de nous.

Nous sommes une école parce que, Marcel Czermak l’a souligné à de nombreuses reprises, ce qui lui importe le plus c’est de savoir quelles conditions peuvent permettre de former des praticiens de qualité, je vous remercie donc de vous montrer à la hauteur de cette tâche.